Honorable Questeur, 
    
 Je voudrais d’abord vous remercier et vous féliciter pour la conférence-débat que vous avez animée
en date du mardi 8 juin 2010 à Kirungu dans la salle de cinéma de la Paroisse Cathédrale Saint Joseph de Kirungu dans le cadre de vos vacances parlementaires passées dans votre circonscription électorale de Moba. Vous étés parmi les rares députés qui prennent leur courage à deux mains et se présentent devant leur électeurs pour leur rendre compte des travaux réalisés et recueillir leur préoccupations, leurs questions et – comment ne pas le dire-  leur colère face à l’espoir suscité par le processus électoral en 2006 mais qui semble ne pas se réaliser, du moins vu de Moba. 
  
Cette fois-ci votre entretien avec vos électeurs a tourné autour d’un thème fort actuel et accrochant : « Le cinquantenaire de la RD Congo : cas du Territoire de Moba ». Personnellement j’y ai participé. Mais il se fait qu’au moment des débats et questions, le modérateur ne m’a pas accordé la parole pour m’exprimer. A quelque chose malheur est bon dit-on ! Ce que je ne pouvais que dire de manier très sommaire pendant la séance, je peux ici vous le redire de façon plus élaborée. 
   
Il s’agira de reprendre pratiquement les mêmes préoccupations mais avec une touche plus personnelle. Je sais que je m’adresse à un Député mais davantage encore au Technicien en développement rural. 

Ici je voulais rappeler une réalité trop connue, Moba ou mieux tout le Tanganyika est une entité sinistrée du fait de la Guerre du RCD Goma avec les rwandais et les burundais qui avait complètement abîmé l’entité.

 Vous viviez dans le milieu comme acteur de développement et Président de la Société Civile. Dans ce sens on s’attendait que Moba ou mieux tout le Tanganyika soit une priorité pour l’action du Gouvernement Central et du Gouvernement Provincial. Qu’en est-il ? Pourquoi n’en est-il pas ainsi ? 

Au mois de Juillet 2007, dans une rencontre mémorable entre les acteurs de la Société civile du Tanganyika, Moba et Nyunzu d’une part et les députés provinciaux de ces mêmes entités d’autres part, avec la facilitation de la Commission diocésaine justice et paix de Kalemie-Kirungu, un cahier de charge qui reprenait les préoccupations et les priorités de la population vous avait été remis. Qu’en est-il ? 

Dans le plan d’action de la Province que vous nous aviez présenté en 2008, il était prévu que chaque  année la Province construirait une école et un centre de santé dans chaque territoire par an. Qu’en est-il ? 


Notre région est une contrée agricole par  excellence. Lors du défilé du 30 juin 2007 présidé à Lubumbashi  par l’Honorable Vital KAMERHR alors Président de l’Assemblée Nationale, celui-ci fut impressionné par les gros tracteurs qui passèrent devant ses yeux. En homme spontané, il affirma que le Katanga était le fer de lance des cinq chantiers car on lui avait expliqué que les gros tracteurs étaient destinés à motoriser ou mécaniser l’agriculture dans les Territoires du Katanga. Quel n’a pas été l’étonnement de beaucoup de voir arriver à Moba 9 sur les 10 promis de touts petits tracteurs que l’humour noir de la population n’hésite pas à qualifier de brouettes !

Où sont passés les vrais tracteurs qui avaient défilé le 30 juin 2007 dans les rues de Lubumbashi ?

Naturellement, ils n’ont jamais servi à l’Agriculture ici chez nous. Ils sont garés et rangés devant la résidence de l’Administrateur de Moba. De temps en temps un est chauffé pour aider à transporter de la terre qui aide à arranger le tronçon routier Kirungu-Moba- Port. Qu’en est-il de l’agriculture réellement mécanisée dans nos milieux ? J’ai été heureux d’apprendre que vous étés allé à FUBE, ce gros village situé à 160 Km au sud de la Ville de Kaoze dans le Groupement Mwange, Chefferie Manda. Ce village de plus de 11.000 habitants est particulier à  plus d’un titre. Il est constitué presque exclusivement de rapatriés congolais venus de la Zambie avec la facilitation du HCR.

Ici vient la question que tout le monde se pose : que fait le gouvernement pour notre région de Pweto, Moba et Kalemie qui une zone retour par excellence  de rapatriés où sont revenues près de 40.000 personnes ? Le HCR à travers ses partenaires a rempli la partie de ses engagements. Et notre Gouvernement ? 

La situation humanitaire du Katanga est  présentée comme n’ayant plus d’urgence et qu’il faut passer à la phase durable. Le Katanga étant vaste, certaines situations sont occultées dans une généralisation souvent hâtive et donc inexacte. Ici à Moba ou mieux dans le Tanganyika, sait-on qu’on a encoredes milieux où les gens sont encore nus ? Sait-on que dans certains Groupements comme Kabele, Mpenge et Mupanga dans la Chefferie NGANYE il n’existe pas une seule école primaire depuis que Dieu a créé l’Homme ?

Puisqu’on parle de l’éducation, il y a un problème épineux. Celui de la mécanisation des enseignants (et des agents de l’état de nos milieux). Le circuit normal est extrêmement lourd et les dossiers n’arrivent pas à qui de droit. Ce qui fait que les premières victimes sont les écoles de l’intérieur ou de la brousse. Qui peut se risquer à aller y travailler alors que les parents sont incapables de payer la fameuse prime à la place de ce que l’état pourrait envoyer ? C’est ainsi que dans bon nombre de jeunes ayant terminé le Secondaire ne peuvent se risquer d’aller mourir de misère en brousse. Dans ce sens j’avais été témoin, dans une belle école construite par le NRC dans le village LUSENGA dans la Chefferie Nganye d’une situation où le Directeur de l’Ecole devait donner cours à deux classes de 5e et 6e primaires dans une même salle et les autres enseignants faisaient de même en combinant 3e et 4e, 1e et 2e. Voilà des situations pédagogiquement inimaginables. La cause était que les enseignants venus de Kirungu qui étaient pris en charge par l’ONG NRC ne pouvaient plus revenir enseigner lorsque le dit ONG venait de fermer ses portes à Moba. 

 
 Honorable Questeur, 
   
Je pouvais continuer la liste des préoccupations par exemple dans le domaine de la sécurité, du dédommagement des élevages pillés pendant la guerre, de la décentralisation- découpage, etc…  Mais vous connaissez bien tous ces problèmes. Ce que j’ai dit là était juste pour rappeler à votre aimable attention les préoccupations des gens de chez nous n’ayant pas pu les exprimer ce jour-là de la conférence-débat. Sans doute, Dieu aidant, trouverons-nous un jour du temps pour en parler davantage en bilatérale. 
  
Avec mes meilleures salutations et mon encouragement pour le reste du mandat. 
    
Moba, le 14 juin 2010 

 
Didier NUMBI NWA NUMBI 

Formateur et animateur en Décentralisation 

E-mail : didnumbi@yahoo. fr 
Tel : 00243 81 76 78 643