Rive du lac Tanganyika, côté RDC. Une femme donnant le bain à son enfant. (José Cendon/AFP)Rive du lac Tanganyika, côté RDC. Une femme donnant le bain à son enfant. (José Cendon/AFP)

La température du lac Tanganyika, en Afrique de l’Est, a atteint un niveau record depuis 1.500 ans. Ce réchauffement pourrait menacer les réserves de poissons du lac, source de nourriture pour des millions de personnes.

Les eaux du plus grand lac du rift africain, qui est aussi l’un des plus profonds du monde, ont atteint 26°C en surface, une température moyenne inégalée depuis 1.500 ans, selon des chercheurs qui ont foré les sédiments du lac Tanganyika. Au cours du 20ème siècle le lac a connu une alternance de périodes plus froides et d’autres plus chaudes mais il n’a jamais connu un changement aussi important, analysent Jessica Tierney, James Russell (University of Arizona), Andrew Cohen (Brown University) et leurs collègues.

Bordé par le Burundi, la République Démocratique du Congo, la Zambie et la Tanzanie, le lac Tanganyika est une source d’eau et de nourriture pour dix millions de personnes vivant dans quatre pays très pauvres. Chaque année plus de 200.000 tonnes de poissons, dont la sardine d’eau douce Limnothrissa miodon, sont pêchées dans le lac. Si l’intensité de la pêche fait baisser les stocks de poissons dans le lac, elle n’est pas la seule responsable, selon Tierney et ses collègues. Le réchauffement y participe.

Moins de brassage des eaux

Très profond (jusqu’à 1.470 mètres), le lac Tanganyika est divisé en plusieurs strates, expliquent les chercheurs. La grande majorité des espèces vit en surface, dans les 100 premiers mètres. En-dessous, l’oxygène se fait de plus en plus rare, à tel point que les profondeurs du lac sont totalement dépourvues d’oxygène. Un brassage des eaux permet aux nutriments de remonter vers la surface. Or l’augmentation de la température de surface, en modifiant la densité des eaux, rend ce brassage plus difficile. Plus de vent est alors nécessaire pour permettre aux nutriments de remonter, analysent les chercheurs.

De plus les sédiments révèlent un lien entre la température et la production d’algues dans le lac, les périodes de réchauffement s’accompagnant d’une baisse de la productivité biologique, précisent les chercheurs. Leurs travaux, publiés dans la revue 
Nature Geoscience (AOP, 16 mai 2010), confirment le rôle du réchauffement climatique dans la baisse de productivité biologique du lac –hypothèse émise en 2003 par une précédente étude. 


C.D.
sciencesetavenir.fr
17/05/10